Pourquoi Javascript (18/09/2019)

A mi-parcours de sa formation Développeur Web à AP Formation, Marius Moulin s'est lié d'amitié avec Javascript. Il nous livre ici avec finesse, liberté et humour son élan du coeur vers JS et en bonus, un petit jeu malicieux tout à fait d'actualité.
Merci Marius.

Pourquoi Javascript

« Donnez-moi un point d'appui, et un levier, je soulèverai le monde », aurait dit le génial Archimède. « Donnez-moi un thème et Javascript, et je soulèverai le monde », pourrait dire – plus modestement – le développeur en devenir que je suis aujourd'hui.

Plus modestement, certes : et pourtant Javascript est passionnant et séduisant par sa souplesse et sa puissance conjuguées, pour le programmeur qui discerne peu à peu toutes les possibilités offertes par le code. Depuis sa création par Sun en 1995, et sa mise sur orbite par le moteur V8 des navigateurs Chrome en 2008, Javascript s'est affirmé comme un langage central en programmation web : bibliothèques et frameworks se sont démultipliés pour optimiser ses capacités – AngularJS (Google), ReactJS (Facebook), D3, Backbone.JS, ExtJS, Ember, Vue.JS, MooTools... pour n'en citer que quelques-uns – et sont venus amoindrir le prestige originel de JQuery
Javascript fait même l'objet d'un tel engouement qu'il n'est plus désormais cantonné à « son » côté client : avec node.JS, il est aussi présent dorénavant côté serveur...

Par son action fine et réactive sur le DOM (Document Object Model), par sa capacité à prendre en charge efficacement les algorithmes les plus complexes, par sa dimension de programmation orientée objet, Javascript apparaît comme le langage idéal pour « entrer » en programmation web et en saisir toutes les nuances et virtualités, sans s'épuiser trop tôt sur des typages trop stricts, des syntaxes trop alambiquées, une terminologie trop opaque...

Mais ce qui fait le succès de Javascript, et sur lequel EcmaScript veille aujourd'hui comme sur un trésor, est son talon d'Achille même : les failles de sécurité possibles (notamment avec node.JS côté serveur), un typage un peu léger... le remettent à sa place, en regard de PHP et de Java. Plus encore, le voici désormais doublé sur sa gauche par TypeScript, langage initialement développé par Microsoft, compilé vers Javascript car proche de lui, et actuellement propulsé par l'engouement phénoménal des dernières versions d'Angular, qui s'appuie sur lui !

Alors, dans cette effervescence et cette bataille globales, qui dépassent bien souvent le modeste développeur en devenir, comment expliquer l'attachement que suscite souvent Javascript ?
D'abord, il est bien sûr comme le levier d'Archimède : avec des moyens en apparence réduits, il donne le sentiment d'une capacité magique d'action sur le monde, notamment le « monde » en ligne. Mais, plus encore, il est un outil d'émancipation.

Dans une fascinante exposition proposée au musée des Abattoirs de Toulouse et consacrée au mouvement du « Nouveau Réalisme », les œuvres de plusieurs grands artistes français et européens d'après-guerre renvoient le visiteur à une cinglante prise de conscience : la modernité est le temps d'une prise de pouvoir des objets sur l'humanité. Industrialisation de masse, société de consommation, absurdité de la production en série... Les objets manufacturés ont pris le dessus, et le règne des machines, des ordinateurs et désormais des intelligences artificielles et autres objets connectés, n'est qu'un prolongement logique de cette tendance historique.

Mais, parfois, au détour d'une salle, surgissent les machines délirantes d'un Tinguely ou les compressions brutes d'un César : autant de tentatives pour reprendre la main, si ce n'est le contrôle.
Javascript est une occasion : avec lui, vous pouvez « manufacturer » vos propres « objets », et les concevoir, si vous le souhaitez, avec tout le délirant et la créativité d'un Tinguely ! Vous pouvez agir sur le DOM, et ainsi vous affranchir de cette fixité intangible avec lequel ce DOM semble justement se présenter à vous.

Le succès de Javascript vient de là : il libère, car il crée du jeu, dans ce monde sans alternative, dans ce monde où domine « le mouvement autonome du non-vivant » (Debord) – et cela sans vous soumettre à la violence symbolique d'une syntaxe disciplinaire, vous jeune programmeur, qui souhaitez (encore ?) batifoler !

Alors, voilà, dans le contexte d'une année présidentielle qui semble nous échapper, à nous, citoyens, dans le contexte d'une économie mondiale dérégulée et d'une Europe humaniste en panne, j'ai conçu ce petit jeu, comme une blague, comme l'amorce peut-être d'une reprise en main, même modeste... Avec mon nouveau levier, je m'emploie désormais à soulever le monde...

Marius M.
Avril 2017